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Histoire Modifier

Transformée pour agir en dehors des limites de la loi, Camille Ferros est un agent élégant et supérieur qui contribue à faire fonctionner correctement la machine de Piltover et son ombre zauzienne. Élevée dans la soie et les bonnes manières, elle est le principal défenseur de la maison Ferros et elle a pour tâche de faire disparaître les problèmes les moins avouables de la famille avec une précision chirurgicale. Camille n'est pas la seul à porter des optimisations Hextech à Piltover, mais son dévouement à la cause est tel que beaucoup se demandent si elle n'est pas désormais plus machine que femme. Dotée d'un esprit aussi affûte que ses lames, Camille sait s’adapter et faire preuve de patience, car le chaos et la maladresse sont pour elle une honte qu'il convient d'éradiquer.


La famille de Camille amassa le plus gros de sa fortune grâce à des cristaux rares récoltés sur des créatures qui vivaient dans les sables d'une vallée lointaine. Ces Hex-cristaux, ou « premiers cristaux », contenaient un pouvoir généralement réservé à ceux qui naissent avec des aptitudes magiques. L'arrière-grand-tante de Camille, Elicia, perdit un bras et faillit mourir pendant l'une de ces expéditions. Son sacrifice fut l'objet d'un véritable culte familial qui se retrouve dans la devise actuelle des Ferros : « Pour la famille, sans compter. »

Les créatures qu'Elicia Ferros avaient trouvées, les Brackerns, ne constituaient pas une ressource inépuisable et la famille de Camille dut trouver d'autres moyens pour augmenter la masse des cristaux qu'elle avait accumulés. Grâce à des investissements secrets dans l'industrie techno-chimique et dans l'alchimie runique, la famille Ferros put mettre sur le marché des Hex-cristaux synthétiques, moins puissants mais plus faciles à produire. Une telle puissance n'est jamais sans conséquence et la rumeur se répandit que la production des cristaux synthétiques contribuait fortement à augmenter le Gris zaunien.

Camille naquit dans l'une des maisons les plus riches de l'illustre Cour du Vent Bleu de Piltover. Elle était le sixième enfant de Rhodri et Gemma, alors maîtres du clan Ferros. Cependant, Camille et son jeune frère Stevan furent les seuls à vivre jusqu'à l'âge adulte.

L'attention de la famille se porta sur Camille, la plus âgée des enfants survivants, et l'on dépensa sans compter pour son éducation. Elle fut imprégnée dès son plus jeune âge de hauteur aristocratique et de sens du devoir. Les plus grandes personnalités de Valoran se pressant à Piltover, Camille ne manqua jamais de professeurs exceptionnels. En conséquence, elle parle aussi couramment le dialecte zhyunien du Sud d'Ionia que l'Ur-Noxien. Enfant, Camille fut encouragée à s'intéresser à l'histoire de Valoran et apprit à lire et à écrire le shurimien ancien tout en secondant son père lors des fouilles de la Vallée d'Odyn. Camille devint également une musicienne accomplie et elle joue du violovinna avec la dextérité d'un virtuose.

Dans les familles de Piltover, il est traditionnel pour l'un des plus jeunes enfants de porter le manteau du défenseur du clan, son épée et son bouclier. Ceux qui sont choisis ont pour mission d'œuvrer dans l'intérêt de la famille, en travaillant avec le maître du clan pour s'assurer par tous les moyens possibles que la fortune de la famille perdurera. Les Ferros, dont l'influence s'appuie sur de nombreux secrets, ont toujours pris cette position très au sérieux, déployant des ressources considérables pour que leur défenseur soit le meilleur. Le frère de Camille, Stevan, était de faible constitution et fut considéré comme impropre à cette fonction. Ses parents, son père surtout, se montrèrent très fiers quand Camille prit la place de Stevan comme principal défenseur du clan. La jalousie de Stevan se développa en voyant sa sœur recevoir cette formation supplémentaire. Elle devint excellente au combat, en espionnage et en interrogatoires. Les techniques préférées de Camille étaient la lutte au glaive Shon-Xan, l'obtention de renseignements via les techniques classiques d'interrogatoire et la descente en rappel d'une tour d'horloge bien connue avec une corde et un grappin fabriqué dans les Îles aux serpents occidentales.

Quand Camille eut 25 ans, son père et elle furent attaqués par des truands optimisés. La bande avait l'intention de faire son trou dans le milieu zaunien en mettant la main sur quelques-uns des secrets les plus lucratifs de la famille. Camille et son père furent tous deux blessés. Camille récupéra, mais son père succomba. La mère de Camille mourut peu après, incapable de survivre à l'angoisse qui s'était abattue sur la maison. Le titre de maître du clan échut au frère de Camille, Stevan. Jeune, impétueux et ardemment désireux de prouver qu'il serait un chef vigoureux pour la famille, Stevan multiplia les recherches déjà dispendieuses du clan Ferros sur les optimisations Hextech appliquées aux humains.

Après un an de deuil, la Maison Ferros fut magnifiquement décorée pour les auditions de la Fête du progrès. Stevan supervisa personnellement la nomination de Hakim Naderi au rang de chef artisan de la famille. C'était un jeune cristallographe prometteur venu de la ville côtière shurimienne de Bel'zhun.

Traumatisée par son inaptitude à protéger son père, Camille demanda à Hakim une amélioration Hextech pour disposer d'une puissance supérieure à celle d'un corps humain normal. Quand Hakim rencontra Camille, il tomba immédiatement amoureux d'elle et il décida de l'aider à surmonter le désespoir né de la mort de ses parents. Leurs liens se créèrent au cours de leur travail commun et des longues discussions qu'ils partagèrent sur Shurima. Après des mois d'efforts côte à côte, Camille comprit qu'elle partageait désormais les sentiments de Hakim. Alors que la date d'optimisation de Camille approchait, leur liaison devint plus ouverte, car ils savaient que la chirurgie marquerait la fin de leur aventure amoureuse. Hakim passerait à d'autres projets au profit du clan et Camille reprendrait son rôle de principal défenseur de la famille. Bien plus, Hakim craignait qu'en s'attaquant au cœur de Camille, il lui fasse perdre son humanité.

Quelques jours avant l'opération de Camille, les doutes de Hakim sur la procédure atteignirent leur paroxysme. Il proposa à Camille de l'épouser et la supplia de s'enfuir avec lui. Il lui dépeignit un avenir différent : explorant les sables baignés de soleil de Bel'zhun, exhumant les ruines de la Shurima antique, élevant ensemble leurs enfants... Un avenir éloigné des devoirs qui liaient Camille à sa maison. Pour la première fois de sa vie, Camille fut déchirée.

La position de Stevan à la tête du clan dépendait de l'aptitude de Camille à soutenir sa vision. Quand il eut vent de la proposition secrète de son maître artisan, il comprit que son principal défenseur était sur le point de s'en aller et d'affaiblir dangereusement sa mainmise sur la famille Ferros. Stevan conçut un plan pour rappeler à Camille les devoirs que son père lui avait confiés. Il organisa une fausse attaque contre lui un jour où il savait que Camille et Hakim seraient ensemble. Exagérant la fragilité qui l'avait naguère écarté de la position de défenseur, Stevan se présenta ensanglanté à sa sœur, jouant sur les sombres souvenirs de la nuit où elle avait échoué à défendre son père. Camille fut secouée par cette preuve irréfutable des dégâts qui survenaient quand sa concentration de défenseur se divisait.

Hakim supplia Camille, mais elle refusa d'entendre. Elle héritait d'une charge vieille de plusieurs générations, d'un devoir qui, si elle avait été suffisamment préparée, lui aurait permis de sauver son père et de protéger son frère. Camille insista pour que l'opération chirurgicale ait lieu et elle mit fin à sa liaison avec Hakim.

Hakim aimait toujours Camille et savait être le seul à pouvoir procéder sans danger à son optimisation. Refusant de laisser l'amour de sa vie périr sur la table d'opération, il procéda comme demandé à l'ablation du cœur de Camille. Quand il fut certain que le nouveau cœur mécanique fonctionnerait sans lui, Hakim démissionna. Camille s'éveilla pour découvrir que le laboratoire où Hakim et elle avaient passé tant de temps ensemble était vide.

Camille se perdit dans le travail, acceptant des améliorations supplémentaires : jambes en forme de lames, hanches rotoriques et autres implants Hextech. Chaque nouvelle optimisation poussait Camille au-delà des limites de cette technologie ambitieuse. Certains finirent par se demander ce qu'il restait d'humain chez elle. Au fur et à mesure que le clan Ferros amassait puissance et richesse, les missions que Camille accomplissait pour son frère devinrent de plus en plus mortelles et de plus en plus sombres.

Grâce aux vibrations régénératrices de son cœur Hextech, le temps passait pour Camille sans qu'elle ne vieillisse et Hakim Naderi ne fut bientôt plus qu'un lointain souvenir. Les années furent plus dures pour son frère. Le corps de Stevan devint de plus en plus frêle, mais cela n'adoucit en rien la poigne avec laquelle il tenait la famille.

Au cours d'une mission, Camille découvrit une série d'événements qui montraient la gravité de la trahison de son frère. Les mensonges qui avaient chassé Hakim menaçaient maintenant de détruire Camille et le clan. Elle comprit que ses machinations cupides étaient égoïstes et ne concouraient pas à l'intérêt de la famille. C'est à cet instant qu'elle oublia les derniers sentiments qu'elle éprouvait encore pour son frère et qu'elle prit le contrôle du clan Ferros.

Camille dirige maintenant les affaires publiques de la famille par l'intermédiaire de sa petite-nièce, qu'elle a placée à la tête du clan. Cela permet à Camille de toujours mener à bien les opérations camouflées qui contribuent au succès de sa famille. Dévouée à son rôle de remède aux problèmes difficiles, Camille accepte pleinement sa transformation en « plus-qu'humaine » et l'esprit qui en découle. L'énergie des Hex-cristaux courant dans ses veines, Camille est incapable de prendre du repos. Au contraire, chaque besogne d'espionnage bien exécutée, chaque tasse de thé et chaque promenade au plus profond du Gris lui confèrent une vigueur nouvelle.

Transformée pour agir en dehors des limites de la loi, Camille est un agent élégant et supérieur qui contribue à faire fonctionner correctement la machine de Piltover et son ombre zaunienne. La véritable force de Camille, c'est son adaptabilité et son attention aux moindres détails. Une technique maladroite est pour elle une honte qu'il convient d'éradiquer. Élevée dans la soie et les bonnes manières, elle est le principal défenseur du clan Ferros et elle a pour tâche de faire disparaître les problèmes les moins avouables de la famille avec une précision chirurgicale. Dotée d'un esprit aussi affûté que ses lames, Camille recherche la supériorité par l'optimisation Hextech du corps, au point que certains se demandent si elle n'est pas désormais plus machine que femme.

La famille de Camille amassa le plus gros de sa fortune grâce à des cristaux rares récoltés sur des créatures qui vivaient dans les sables d'une vallée lointaine. Ces Hex-cristaux, ou « premiers cristaux », contenaient un pouvoir généralement réservé à ceux qui naissent avec des aptitudes magiques. L'arrière-grand-tante de Camille, Elicia, perdit un bras et faillit mourir pendant l'une de ces expéditions. Son sacrifice fut l'objet d'un véritable culte familial qui se retrouve dans la devise actuelle des Ferros : « Pour la famille, sans compter. »

Les créatures qu'Elicia Ferros avaient trouvées, les Brackerns, ne constituaient pas une ressource inépuisable et la famille de Camille dut trouver d'autres moyens pour augmenter la masse des cristaux qu'elle avait accumulés. Grâce à des investissements secrets dans l'industrie techno-chimique et dans l'alchimie runique, la famille Ferros put mettre sur le marché des Hex-cristaux synthétiques, moins puissants mais plus faciles à produire. Une telle puissance n'est jamais sans conséquence et la rumeur se répandit que la production des cristaux synthétiques contribuait fortement à augmenter le Gris zaunien.

Camille naquit dans l'une des maisons les plus riches de l'illustre Cour du Vent Bleu de Piltover. Elle était le sixième enfant de Rhodri et Gemma, alors maîtres du clan Ferros. Cependant, Camille et son jeune frère Stevan furent les seuls à vivre jusqu'à l'âge adulte.

L'attention de la famille se porta sur Camille, la plus âgée des enfants survivants, et l'on dépensa sans compter pour son éducation. Elle fut imprégnée dès son plus jeune âge de hauteur aristocratique et de sens du devoir. Les plus grandes personnalités de Valoran se pressant à Piltover, Camille ne manqua jamais de professeurs exceptionnels. En conséquence, elle parle aussi couramment le dialecte zhyunien du Sud d'Ionia que l'Ur-Noxien. Enfant, Camille fut encouragée à s'intéresser à l'histoire de Valoran et apprit à lire et à écrire le shurimien ancien tout en secondant son père lors des fouilles de la Vallée d'Odyn. Camille devint également une musicienne accomplie et elle joue du violovinna avec la dextérité d'un virtuose.

Dans les familles de Piltover, il est traditionnel pour l'un des plus jeunes enfants de porter le manteau du défenseur du clan, son épée et son bouclier. Ceux qui sont choisis ont pour mission d'œuvrer dans l'intérêt de la famille, en travaillant avec le maître du clan pour s'assurer par tous les moyens possibles que la fortune de la famille perdurera. Les Ferros, dont l'influence s'appuie sur de nombreux secrets, ont toujours pris cette position très au sérieux, déployant des ressources considérables pour que leur défenseur soit le meilleur. Le frère de Camille, Stevan, était de faible constitution et fut considéré comme impropre à cette fonction. Ses parents, son père surtout, se montrèrent très fiers quand Camille prit la place de Stevan comme principal défenseur du clan. La jalousie de Stevan se développa en voyant sa sœur recevoir cette formation supplémentaire. Elle devint excellente au combat, en espionnage et en interrogatoires. Les techniques préférées de Camille étaient la lutte au glaive Shon-Xan, l'obtention de renseignements via les techniques classiques d'interrogatoire et la descente en rappel d'une tour d'horloge bien connue avec une corde et un grappin fabriqué dans les Îles aux serpents occidentales.

Quand Camille eut 25 ans, son père et elle furent attaqués par des truands optimisés. La bande avait l'intention de faire son trou dans le milieu zaunien en mettant la main sur quelques-uns des secrets les plus lucratifs de la famille. Camille et son père furent tous deux blessés. Camille récupéra, mais son père succomba. La mère de Camille mourut peu après, incapable de survivre à l'angoisse qui s'était abattue sur la maison. Le titre de maître du clan échut au frère de Camille, Stevan. Jeune, impétueux et ardemment désireux de prouver qu'il serait un chef vigoureux pour la famille, Stevan multiplia les recherches déjà dispendieuses du clan Ferros sur les optimisations Hextech appliquées aux humains.

Après un an de deuil, la Maison Ferros fut magnifiquement décorée pour les auditions de la Fête du progrès. Stevan supervisa personnellement la nomination de Hakim Naderi au rang de chef artisan de la famille. C'était un jeune cristallographe prometteur venu de la ville côtière shurimienne de Bel'zhun.

Traumatisée par son inaptitude à protéger son père, Camille demanda à Hakim une amélioration Hextech pour disposer d'une puissance supérieure à celle d'un corps humain normal. Quand Hakim rencontra Camille, il tomba immédiatement amoureux d'elle et il décida de l'aider à surmonter le désespoir né de la mort de ses parents. Leurs liens se créèrent au cours de leur travail commun et des longues discussions qu'ils partagèrent sur Shurima. Après des mois d'efforts côte à côte, Camille comprit qu'elle partageait désormais les sentiments de Hakim. Alors que la date d'optimisation de Camille approchait, leur liaison devint plus ouverte, car ils savaient que la chirurgie marquerait la fin de leur aventure amoureuse. Hakim passerait à d'autres projets au profit du clan et Camille reprendrait son rôle de principal défenseur de la famille. Bien plus, Hakim craignait qu'en s'attaquant au cœur de Camille, il lui fasse perdre son humanité.

Quelques jours avant l'opération de Camille, les doutes de Hakim sur la procédure atteignirent leur paroxysme. Il proposa à Camille de l'épouser et la supplia de s'enfuir avec lui. Il lui dépeignit un avenir différent : explorant les sables baignés de soleil de Bel'zhun, exhumant les ruines de la Shurima antique, élevant ensemble leurs enfants... Un avenir éloigné des devoirs qui liaient Camille à sa maison. Pour la première fois de sa vie, Camille fut déchirée.

La position de Stevan à la tête du clan dépendait de l'aptitude de Camille à soutenir sa vision. Quand il eut vent de la proposition secrète de son maître artisan, il comprit que son principal défenseur était sur le point de s'en aller et d'affaiblir dangereusement sa mainmise sur la famille Ferros. Stevan conçut un plan pour rappeler à Camille les devoirs que son père lui avait confiés. Il organisa une fausse attaque contre lui un jour où il savait que Camille et Hakim seraient ensemble. Exagérant la fragilité qui l'avait naguère écarté de la position de défenseur, Stevan se présenta ensanglanté à sa sœur, jouant sur les sombres souvenirs de la nuit où elle avait échoué à défendre son père. Camille fut secouée par cette preuve irréfutable des dégâts qui survenaient quand sa concentration de défenseur se divisait.

Hakim supplia Camille, mais elle refusa d'entendre. Elle héritait d'une charge vieille de plusieurs générations, d'un devoir qui, si elle avait été suffisamment préparée, lui aurait permis de sauver son père et de protéger son frère. Camille insista pour que l'opération chirurgicale ait lieu et elle mit fin à sa liaison avec Hakim.

Hakim aimait toujours Camille et savait être le seul à pouvoir procéder sans danger à son optimisation. Refusant de laisser l'amour de sa vie périr sur la table d'opération, il procéda comme demandé à l'ablation du cœur de Camille. Quand il fut certain que le nouveau cœur mécanique fonctionnerait sans lui, Hakim démissionna. Camille s'éveilla pour découvrir que le laboratoire où Hakim et elle avaient passé tant de temps ensemble était vide.

Camille se perdit dans le travail, acceptant des améliorations supplémentaires : jambes en forme de lames, hanches rotoriques et autres implants Hextech. Chaque nouvelle optimisation poussait Camille au-delà des limites de cette technologie ambitieuse. Certains finirent par se demander ce qu'il restait d'humain chez elle. Au fur et à mesure que le clan Ferros amassait puissance et richesse, les missions que Camille accomplissait pour son frère devinrent de plus en plus mortelles et de plus en plus sombres.

Grâce aux vibrations régénératrices de son cœur Hextech, le temps passait pour Camille sans qu'elle ne vieillisse et Hakim Naderi ne fut bientôt plus qu'un lointain souvenir. Les années furent plus dures pour son frère. Le corps de Stevan devint de plus en plus frêle, mais cela n'adoucit en rien la poigne avec laquelle il tenait la famille.

Au cours d'une mission, Camille découvrit une série d'événements qui montraient la gravité de la trahison de son frère. Les mensonges qui avaient chassé Hakim menaçaient maintenant de détruire Camille et le clan. Elle comprit que ses machinations cupides étaient égoïstes et ne concouraient pas à l'intérêt de la famille. C'est à cet instant qu'elle oublia les derniers sentiments qu'elle éprouvait encore pour son frère et qu'elle prit le contrôle du clan Ferros.

Camille dirige maintenant les affaires publiques de la famille par l'intermédiaire de sa petite-nièce, qu'elle a placée à la tête du clan. Cela permet à Camille de toujours mener à bien les opérations camouflées qui contribuent au succès de sa famille. Dévouée à son rôle de remède aux problèmes difficiles, Camille accepte pleinement sa transformation en « plus-qu'humaine » et l'esprit qui en découle. L'énergie des Hex-cristaux courant dans ses veines, Camille est incapable de prendre du repos. Au contraire, chaque besogne d'espionnage bien exécutée, chaque tasse de thé et chaque promenade au plus profond du Gris lui confèrent une vigueur nouvelle.

Un thé avec la dame en gris

Le premier son que j'entendis fut le feulement d'un métal aiguisé contre la pierre. Ma vision était floue, toujours perdue dans une pénombre glauque, mais la première chose que ma conscience identifia fut le glissement du couteau sur la pierre mouillée. C'était le bruit que faisait mon maçon en marquant les pierres qu'il lui faudrait couper dans la falaise. J'en eus les dents agacées. Le brouillard, dans mon cerveau, disparaissait peu à peu, faisant place à une pensée unique et paniquée tandis que je tâchais de desserrer les liens qui me ligotaient les mains : j'étais un homme mort.

Devant moi retentirent un grognement et un lourd craquement de bois. En plissant les yeux, je distinguais vaguement ce qui pouvait être la silhouette de Gordon Ansel, assis en face de moi. On m'y reprendra à engager des hommes de main. Apparemment, il était en train de reprendre conscience, lui aussi.

« Oh, parfait. Vous êtes tous les deux éveillés. » Une voix de femme, raffinée, élégante. « J'allais mettre le thé à chauffer. »

Je me tournai vers elle. La moitié de mon visage me brûlait, contusionné. Les coins de ma bouche semblaient collés. J'essayai de bouger ma mâchoire endolorie et je sentis sur ma langue un goût de cuivre. J'aurais dû me montrer reconnaissant d'être toujours en vie. L'air était plombé par une odeur chimique, le genre qui vous brûle les narines si vous inspirez trop profondément.

C'était bien ma veine. J'étais toujours à Zaun.

« L'un de vous sait qui est responsable de l'explosion aux docks », reprit la femme. Elle nous tournait le dos. Une lumière bleuâtre illuminait en tremblant sa taille fine et ses jambes anormalement longues. Il y eut un glougloutement lorsqu'elle posa une bouilloire sur la flamme presque invisible d'un bec brûleur.

« Tu peux t'gratter, ginette », grogna Ansel.

Personne ne sait empirer une situation délicate comme Ansel.

« Les hommes du baron Grime ont toujours un tel sens de la répartie. »

La femme se tourna pour nous faire face : ce n'était pas une lampe qui éclairait son visage, mais quelque chose à l'intérieur d'elle dégageait une lumière dérangeante. « Vous allez me dire ce que je veux savoir comme si votre vie en dépendait. »

« Pas question que j'dise quoi que ce soit », cracha Ansel.

La femme se déplaça et le sol fut comme rayé par du métal. Elle se demandait lequel de nous elle allait équarrir le premier. Ce son n'avait aucun sens jusqu'à ce qu'elle approche d'Ansel. Alors, je compris. Sa silhouette se découpa plus finement, détachée de celle de la table. Une lueur bleue pulsait à ses lèvres, éclairant une forme mince portée... par deux lames. C'était une chimère haut de gamme, supérieure à tout ce que j'avais pu voir à Piltover ou à Zaun.

« Ne faites pas injure à ma courtoisie, M. Ansel. D'autres l'ont fait avant vous. Ils sont morts à présent. »

« Tu crois que tu m'fiches la frousse avec tes guibolles ? »

La femme était debout devant mon homme de main à la tête dure. J'entendais l'eau, dans la bouilloire, qui commençait à bouillir. Je clignai des yeux et il y eut un éclair d'argent bleuté. La corde qui enserrait les poignets d'Ansel tomba au sol.

Un rire dur échappa à mon garde du corps. « Raté, chérie. » La femme semblait attendre patiemment. Ansel se pencha en avant de quelques centimètres, un sourire arrogant sur son visage tanné par les intempéries.

« Tu peux aller croûter ton... »

La femme pivota sur elle-même. Cette fois, les lames coupantes comme des rasoirs qui lui servaient de jambes tranchèrent proprement le cou d'Ansel.

La tête roula au sol et vint s'arrêter à côté de moi au moment où sifflait la bouilloire. Ansel avait toujours eu la langue trop bien pendue. Mais on pouvait légitimement supposer qu'il ne dirait plus jamais rien.

Je ne cessais de me répéter qu'Ansel était mort, mais ses yeux continuaient de me fixer avec une surprise horrifiée. La peur dans mon cerveau se traduisit en un frisson glacial sur ma colonne vertébrale, et j'eus la nette impression que s'il y avait encore quelque chose de vivant à l'intérieur de moi, j'allais bientôt en faire cadeau au sol.

« À présent, M. Turek, nous allons prendre une tasse de thé et vous allez me dire ce que je veux savoir », dit la femme tranquillement.

Elle s'assit à la table et sourit. Un murmure de vapeur se fit entendre lorsqu'elle versa l'eau bouillante dans la théière en porcelaine. Elle me regarda avec une pitié hautaine, comme si j'étais un écolier en retard dans l'apprentissage des additions. Il était difficile de se détacher de ce sourire. Mortel. Omniscient. J'en étais pétrifié de terreur.

« Du... thé ? » Je faillis m'étouffer.

« Bien sûr, mon garçon. On a toujours le temps pour une tasse de thé. »

Nouvelle : Le cœur le plus faible

« Tu aurais dû la tuer. »

Mon frère plaça deux cubes de sucre dans une petite écumoire élégamment suspendue aux rebords de sa tasse. Il se concentra sur le thé qu'il servait. Les rides de son visage s'épanouirent en sourire et un ricanement ravi lui échappa tandis qu'il regardait les deux formes se fondre l'une dans l'autre. Lorsqu'il fut assez dissous, le sucre dégoulina dans le breuvage.

« Dame Sofia ne sera pas un problème », dis-je.

Stevan eut un geste ennuyé de la main. « Aujourd'hui, peut-être, mais demain ? Les émotions qu'on n'étouffe pas dans l'œuf ont tendance à se rappeler à notre bon souvenir, chère sœur. » Il me regarda, interrogateur. « Pourquoi attendre que la maison soit en flammes pour éteindre l'étincelle ? »

« J'ai parlé au principal défenseur des Arvino, et... »

« Les défenseurs ! Vous et vos accords dans l'ombre ! Je continue à penser qu'elle a trahi sa maison et qu'elle doit le payer de sa vie... »

« L'heure en pourrait venir », dis-je sur un timbre plus doux. « Mais j'ai passé cet accord. Adalbert veillera à ce qu'elle ne fasse plus parler d'elle. Il en prend la responsabilité. Et moi aussi. »

J'avais dit ce que j'avais à dire. Stevan se cala dans son fauteuil, l'air d'accepter à contrecœur, et remonta la couverture sur ses jambes.

« Cet homme aurait bien besoin d'une autre paire d'yeux », fit Stevan avec une indignation contenue. Pour lui, la recherche d'une solution ne comptait pas, seul le résultat final était important. Pour mon frère, mes manœuvres permettaient simplement de faire disparaître bien des problèmes à Piltover. Les choix qui menaient à ces décisions ne l'intéressaient presque jamais.

Je tenais ma tasse dans une main et, inconsciemment, prenais plaisir à sentir de l'autre les formes manufacturées de ma hanche. Stevan avait en partie raison. Le résultat final, c'était important, mais moi, c'est la chasse que j'aimais.

Je jetai un regard à Stevan à travers la vapeur de ma boisson brûlante. Il serrait les lèvres, signe chez lui qu'il était en train de prendre une décision. La pression blanchissait sa peau jusqu'au menton et faisait ressortir les taches de vieillesse qui dépassaient de son col de soie.

« À quoi penses-tu ? »

« Suis-je si facile à déchiffrer, chère sœur ? »

Je pense qu'il aurait rougi si son cœur affaibli l'avait permis. Au lieu de quoi, il sourit douloureusement et retira un morceau de papier plié et un chapelet d'un tiroir du bureau placé entre nous. Stevan fit reculer son fauteuil roulant et l'effort le fit tousser. Il poussa sur l'accoudoir de petits leviers qui, de rouages en rouages, actionnèrent le mécanisme du fauteuil et le déplacèrent jusqu'à moi.

« Les fiançailles éphémères de Dame Arvino ne sont pas le seul renseignement que cette déplorable affaire nous a révélé », dit-il. « Ceci a été découvert sur l'un des hommes du baron pendant le nettoyage. »

Je reposai ma tasse dans sa soucoupe et saisis le morceau de papier et le chapelet. Je fis basculer l'équilibre des lames, sous moi, et leurs pointes dures s'enfoncèrent dans l'épais tapis.

Les bords du papier étaient noircis et la teinte de la note avait pris des reflets verts et roussis. Le chapelet avait été beaucoup utilisé ; les perles étaient lissées par l'usage.

« Camille. »

Mon frère ne prononçait ainsi mon nom que lorsqu'il était sérieux. Ou lorsqu'il voulait quelque chose. Je dépliai le papier, et une déplaisante et âcre bouffée d'odeurs zauniennes en monta. Je le déchiffrai. Le diagramme était propre et ordonné, l'écriture précise. Je vis le poinçon de l'artisan au moment même où Stevan confirmait.

« Si Naderi est revenu... »

« Hakim Naderi est parti. » Les mots m'échappèrent malgré moi. Un pur réflexe.

Le cristallographe n'avait pas quitté sa position de maître artisan pour notre maison depuis quelques années seulement : cela faisait une vie complète.

Stevan réfléchit comme on le fait avant le prochain coup, dans une partie d'échecs. « Ma sœur, tu sais ce que cela signifie. »

« Oui. » De nouveau, je regardai la note ; le diagramme évoquait la construction mécanique et cristalline qui battait dans ma poitrine.

J'avais en main le schéma de mon propre cœur.

« On pensait que tous ces documents avaient été détruits. Si ce plan existe, il y en a peut-être d'autres. Je pourrais enfin être libéré de ce fauteuil. Je pourrais déambuler dans ma maison sur mes jambes, comme le devrait tout maître de clan. »

« Peut-être est-il temps de laisser quelqu'un d'autre assumer cette charge », dis-je.

Depuis des années, Stevan n'était plus capable de se déplacer dans les couloirs de sa demeure par ses propres moyens. C'était quelque chose que ses enfants et ses petits-enfants ne cessaient de lui faire sentir. Ce que j'avais en main n'était pas seulement un morceau de papier et un objet de dévotion. Pour Stevan, c'était la clé de l'immortalité.

« Ce n'est qu'un plan », ajoutai-je. « Tu penses que si nous découvrons le reste des travaux de Naderi, nos artisans seront capables de reconstituer son travail. Mais la question se poserait encore de savoir l'alimenter en énergie... »

« Camille. S'il te plaît. »

Je regardai mon frère. Le temps avait durement éprouvé un corps depuis toujours frêle. Mais ses yeux, après toutes ces années, avaient toujours le même éclat que les miens : le bleu des Ferros. Cette profonde teinte céruléenne que ni l'âge ni la maladie ne pouvaient affadir. Ses yeux avaient la même couleur lumineuse que les Hex-cristaux esquissés sur le papier que je tenais dans ma main. Son regard avait maintenant quelque chose d'implorant.

« Ensemble, toi et moi, nous avons conduit cette maison plus loin que nos parents ne l'auraient jamais rêvé », dit-il. « Si ton optimisation peut être reproduite, ce succès, notre succès, Camille, pourrait se poursuivre indéfiniment. Cette maison assurera l'avenir de Piltover. Nous serons le ferment du progrès pour tout Valoran. »

Stevan avait un certain sens du mélodrame. Comme il avait toujours été de faible constitution, on comprenait mieux pourquoi nos parents n'avaient rien pu lui refuser.

« Je ne suis pas le défenseur de tout Valoran. Il se peut que je ne trouve rien. »

Stevan eut un soupir de soulagement. « Mais tu chercheras ? »

Je fis oui de la tête et je lui rendis le papier, mais je gardai le chapelet et l'enfouis dans ma poche. Je fis demi-tour pour quitter la pièce.

« Camille... S'il est en vie, si tu le trouves... »

« Rien ne changera », dis-je, arrêtant mon frère avant qu'il ne puisse davantage exhumer le passé. « Mon devoir, comme toujours, est d'assurer l'avenir de cette maison. »

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Les foules de la fin d'après-midi, près du Commercia du Vent du nord, s'assemblaient pour les réjouissances de la Fête du progrès. Les visages des gens étaient rouges de leurs efforts pour préparer le festival annuel que la ville consacrait à l'innovation. Cependant, ce fut un commerçant étranger s'effondrant sous l'empire de la boisson qui révéla l'ombre qui me suivait.

« Par la tétine givrée d'un Ursidé ! » s'exclama-t-il, irrité par la pression de la foule. Il repoussa ceux qui s'étaient arrêtés pour l'aider. « Je n'ai pas besoin d'aide. »

Les habitants de Piltover reprirent leur route, à l'exception d'une créature blonde, aux confins de la place. Je la gardai à l'œil tout en me penchant vers le commerçant.

« Si vous n'avez pas besoin d'aide, levez-vous. »

Le Freljordien leva les yeux vers moi. Agacé, il plaça la main sur la défense gravée qu'il portait à la ceinture en guise de dague. Je vis son regard glisser du mien à ma poitrine illuminée par un Hex-cristal puis à mes jambes en lames de couteau. Il relâcha le manche de son arme.

« Brave petit », dis-je. « Et maintenant, hors de mon chemin. »

Il approuva de la tête, les traits hagards. Il se retira et l'esprit de ruche mercantile de Piltover reprit sa routine tandis que l'homme s'éloignait en titubant. Mais l'ombre qui m'escortait, elle, resta immobile, m'observant depuis un étal éloigné.

Je repris ma route dans la foule qui se fendait devant moi. Dès que j'en eus l'occasion, je me glissai dans un passage couvert et je tirai mon grappin dans un croisement de poutres en bois, loin au-dessus de moi. Je me hissai dans les ténèbres et j'attendis.

Un moment plus tard, l'ombre qui me suivait pénétra dans la galerie. Ses vêtements étaient assez génériques pour ne pas attirer l'attention sur la promenade de Zaun, mais le fouet orné à son côté était typique de Piltover, ou provenait d'un généreux commanditaire. Je la laissai progresser jusqu'à une trouée de lumière qui allait l'aveugler. Quand elle fut là où je l'espérais, je me laissai tomber derrière elle, les pointes de mes lames se glissant parfaitement dans l'interstice entre les pavés.

« Tu cherches quelque chose, ma fille ? » dis-je dans un murmure qui tenait du feulement.

Sa main glissa vers le manche de cuir de son fouet. Mais le bon sens l'emporta sur la tentation.

« Apparemment, je l'ai trouvé. » La fille leva ses mains ouvertes à hauteur de ses épaules. « J'apporte un message. »

Je soulevai un sourcil.

« De la part de votre frère, madame », dit-elle.

L'amour de Stevan pour les mises en scène dramatiques finirait par coûter la vie à quelqu'un, un de ces jours.

« Donne. »

La fille garda une main en l'air et de l'autre tira une petite note de sa manche. Le sceau de cire portait l'empreinte des Ferros et la marque personnelle de Stevan.

« Bouge ne serait-ce qu'un sourcil et je te tranche la gorge », dis-je.

J'ouvris la note. Je sentis mon agacement monter comme une fièvre. Stevan avait pris sur lui de m'engager un adjoint. Dans le cas où mon enquête éveillerait « des vestiges de sentiments » qui m'empêcheraient d'accomplir mon devoir.

Je me répétai qu'il croyait bien faire, mais même après toutes ces années, il était rageant de voir qu'il ne me faisait pas confiance s'il s'agissait de Hakim. Mais c'était de la couardise de ne pas me l'avoir avoué avant mon départ, les yeux dans les yeux.

« Je devrais te tuer pour m'avoir apporté cet insultant message », dis-je, me préparant à l'évaluer sur sa réaction. « Ton nom. »

« Aviet. » Ni ses mains ni sa voix ne tremblèrent. Elle était jeune, pas même un auriculaire optimisé.

« Et tu as accepté cette mission en sachant les possibles conséquences de mon irritation ? »

« Oui, madame. J'espérais, si j'avais l'heur de vous plaire, une position plus... permanente au sein de votre maison. »

« Je vois. »

Je lui tournai le dos et je sortis du passage couvert, lui donnant une occasion de me suivre si telle était vraiment son intention. Je l'entendis souffler et, dans un frôlement de métal et de cuir, assurer la position de son fouet à sa hanche. Elle se mit en marche derrière moi.

« Avons-nous une destination, madame ? »

« L'église », dis-je en tapotant le chapelet dans ma poche. « Ne te laisse pas distancer. »

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Le Premier Assemblage des Glorieux Évolués était toujours, techniquement, à l'intérieur de Piltover, mais tout juste. Ici, de l'autre côté des Marchés limitrophes, les odeurs pernicieuses de la ville inférieure submergeaient les fumets festifs des viandes grillées et des gâteaux. Le Gris zaunien glissait comme une marée basse. Il s'enroulait autour de vos jambes et se condensait sur les auvents couverts de suie des marchands comme des mares de boue noirâtre.

Je me tournai vers la fille. « Reste ici. »

« Je suis censée vous suivre. Votre frère... »

« Tu restes ici », dis-je une fois encore, sans laisser le moindre interstice pour la contradiction. Ma patience envers les petits jeux de mon frère s'amenuisait. « Les Glorieux Évolués sont de fervents croyants. Ils ne sont pas très patients avec les non-optimisés. »

Je jetai un coup d'œil à ma nouvelle assistante, la défiant de répondre. Aviet fit légèrement basculer son poids sur son talon arrière. Elle avait toujours envie de se battre, de faire ses preuves, mais elle n'était pas sûre que ce soit le bon moment.

Je souris. « Nous aurons tout le temps pour ça plus tard, ma fille. »

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L'entrée du vieux bâtiment débouchait sur un vestibule séparé par un grillage de fer. À travers les losanges du métal forgé, plusieurs groupes de lampes thermiques jaune-orange illuminaient la congrégation. La cinquantaine de personnes présentes murmuraient à l'unisson, donnant l'impression qu'une grande machine ronronnait sous eux. Des tissus sombres aux reflets violets recouvraient les parties toujours charnelles de leur corps, tandis qu'ils exposaient à la chaleur des lampes leurs membres optimisés. Ici, les optimisations haut de gamme côtoyaient des modifications plus utilitaires. Nulle distinction entre Piltoviens et Zauniens chez les Glorieux Évolués. Ces mots n'avaient pas de sens pour ceux qui aspiraient à de plus hauts parachèvements. Au centre du groupe, une jeune femme aux coudes mécaniques fit un geste en direction d'un homme à la mâchoire de métal.

« Le corps est frêle », lui dit-elle. « La chair est faible. »

« La machine nous fait aller de l'avant », répondit le groupe ensemble. Les mots résonnèrent sous la voûte vide. « L'avenir est un progrès. »

Je n'étais pas venue pour en témoigner. Je restai cachée dans l'ombre, ignorée par les fidèles, et je poursuivis ma recherche.

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J'entendis le léger gargouillement de l'œsofiltre de Frère Zavier avant de voir l'homme. Sa tête chauve rentrait aussi profondément dans son torse que le permettait son appareil respiratoire. Il allumait quelques lumières d'autel dans les angles d'une chapelle latérale.

Au-dessus de lui se découpait une silhouette imposante, dessinée dans un croisillon de plomb et de verre teint. La Dame en gris, sainte patronne des Glorieux Évolués. Le vitrail semblait émettre sa propre lueur, éclairé par les lampes extérieures.

Je m'approchai de l'autel. Des bocaux y étaient posés. Dedans, des yeux flottaient comme des œufs marinés. Des offrandes étaient enroulées dans du lin, parfois fin, parfois grossier et graisseux. Quelques mouches bourdonnaient parmi les morceaux rejetés par la congrégation. L'une des offrandes bougea. De sous le tissu, un petit rat pesteux sortit le bout de son nez, comme pour me défier de lui reprendre son butin. En se retirant, il entraîna la gaze qui cachait son trésor et je vis apparaître un doigt desséché. Frère Zavier, avec un grand geste, chassa le rat dans l'obscurité.

« Camille », dit-il alors. J'entendais le sourire dans sa voix, malgré le gargouillis. « Es-tu venue pour faire tes dévotions ? »

« Pour obtenir des informations, mon frère. » Je retirai le chapelet de ma poche, les perles de verre cliquetant sur leur chaîne.

Frère Zavier se tourna pour me faire face. Ses yeux aussi étaient recouverts d'une couche de verre qui les magnifiait comme ceux des bocaux, mais au contraire de ces derniers, les siens étaient pétillants de vie. Je lui tendis le chapelet.

« Où as-tu trouvé ça ? » Il secoua la tête en le regardant et fit claquer sa langue. « Peu importe, je devrais savoir que ce n'est pas la peine de poser des questions de ce genre. »

Il se tourna de nouveau vers ses lampes votives. « Il y a plusieurs semaines, j'ai rencontré un homme qui le portait. Il est venu allumer une lampe et lui demander une faveur pour la Fête du progrès. » Frère Zavier désigna du menton la silhouette du vitrail. Le manteau de la Dame en gris était une mosaïque de verre couleur de cendre, de rouages oxydés et de pistons noircis. Elle était souvent invoquée quand un inventeur se sentait perdu, incapable de poursuivre, accablé par l'échec. Ses bénédictions exigeaient souvent un sacrifice.

« Il avait la peau tannée des habitants du désert. Plus âgé que les habituels apprentis qui cherchent à réussir une audition », continua Frère Zavier.

« Savez-vous quel clan l'intéressait ? »

« Il a dit résider dans une pension de famille dans les environs du clan Arvino. » Le murmure machinique de la congrégation s'évanouit. « Le témoignage de ce soir est terminé. Je dois m'occuper de ma charge. »

Frère Zavier me tapota la main. Il rajusta sa bure sombre et partit vers la nef principale, me laissant seule avec mes réflexions.

Hakim était revenu, mais il n'avait pas envoyé le mot que j'attendais. Non que notre dernière conversation ait détaillé quelle serait la meilleure méthode pour nous recontacter... Je ramassai le doigt sur le sol et je le replaçai avec les autres offrandes. L'idée qu'il pétitionne comme un apprenti ordinaire m'ennuyait. Hakim évoluait infiniment plus haut que les artisans du clan Arvino. À travers la fenêtre à losanges et triangles de la chapelle latérale, je vis Aviet, debout sous un lampadaire. Elle suivait toujours les ordres... pour le moment.

Mon silence indulgent fut interrompu par un bruissement, pas grand-chose, mais sûrement pas un rat. Je sentis le Hex-cristal vibrer d'anticipation dans ma poitrine tandis que je me retournai pour faire face à la menace.

« C'est toi ? » demanda une voix fluette.

Dans un angle obscur, près d'un banc de métal, une petite fille avançait. Elle avait six ou sept ans.

« C'est toi, la Dame en gris ? » La pulsation de mon Hex-cristal ralentit, éclairant son visage d'une douce lueur bleue. Dans un bras, elle portait une offrande enveloppée dans de la gaze, tristement similaire à celles qui s'entassaient derrière moi. Sa manche, de l'autre côté, pendait, vide.

Je la surplombais de trop haut. Je m'agenouillai pour abaisser mon visage à son niveau et je touchai le banc de métal pour faire crépiter une petite part de l'énergie cristalline qui courait dans mes doigts. La petite fille regarda le reflet des étincelles dans le métal poli de mes lames.

« Tu as donné tes jambes pour la Fête du progrès ? » demanda-t-elle.

Les Glorieux Évolués maintenaient la vieille tradition zaunienne consistant à sacrifier quelque chose de personnel le jour de la Fête du progrès, dans l'espoir que la prochaine vague d'inventions serait supérieure à la précédente. Cette pratique remontait aux jours les plus anciens de la ville, quand le peuple de Zaun devait rebâtir sa vie après les dévastations de « l'Incident ». La richesse de Piltover, qui avait su croître sur les ruines, était avancée comme preuve que la tradition ne manquait pas de mérites.

Je regardai la petite fille. Ce n'étaient pas mes jambes que j'avais abandonnées, il y a longtemps, lors d'une Fête du progrès, mais quelque chose de bien plus précieux.

« J'ai choisi ces jambes-là. Elles servent mieux mes objectifs. »

La fillette approuva de la tête. La lumière bleue, entre nous, avait perdu de son intensité, mais je voyais toujours les veines noires sur les petits doigts qui tenaient l'offrande. Il était rare que le Fléau affecte des enfants si jeunes dans ce secteur de la ville. Les Glorieux Évolués s'occupaient souvent des malades, voyant l'ablation de la chair mourante comme l'étape essentielle pour transformer la vie et la foi d'une personne via la technologie.

« Frère Zavier dit que ça s'arrange avec le temps », dit-elle.

« C'est vrai. »

Le morticole qui s'était occupé d'elle avait été négligent. Les deux bras de la fillette auraient dû être supprimés d'un coup. Je suis sûre que le médecin aurait expliqué son manque de courage au moment de l'amputation par un réflexe de bonté, mais attendre ne servait pas les intérêts de la petite fille. Si on ne lui coupait pas rapidement l'autre bras, ces veines d'araignée atteindraient sa poitrine et finiraient par noircir son cœur. Elle avait peu de chances de vivre assez longtemps pour voir la prochaine Fête du progrès.

La petite fille se mordit les lèvres, hésitante. À cet instant, du coin de l'œil, je perçus un mouvement à travers l'un des plus larges carreaux de la fenêtre. Je me levai pour voir approcher plusieurs formes sombres. Aviet n'était plus seule.

Je fis un pas dans le corridor pour la rejoindre à l'extérieur.

« Elles te manquent ? » demanda la petite fille.

Je ne fis pas un geste vers elle. Je savais que le visage plein d'espoir de la petite fille se contractait derrière moi comme les lampes de l'autel. Je le savais parce que je me souvenais de mes propres doutes. Il y a tant d'années, Hakim m'avait posé la même question. Mon cœur ? Lui ? Tout cela allait-il me manquer ? Je fis passer mes doigts sur mon optimisation de Hex-cristal, pour m'assurer qu'elle vibrait toujours de façon égale. Juste à côté du sceau gravé des Ferros, je sentis un fin lettrage, à peine perceptible. Le poinçon de Hakim Naderi.

« Non », mentis-je.

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Aviet était prête à se battre, ses cheveux blonds éclairés comme dans un halo par le lampadaire. Cinq hommes l'encerclaient comme des requins des docks. Leurs optimisations utilitaires donnaient à leurs silhouettes des formes déchiquetées.

« Donne-nous ça, et peut-être qu'on te tuera pas lentement, t'sais », dit le plus petit en lorgnant sur le fouet qu'Aviet tenait dans sa main. Toutes les frustrations de la journée se condensèrent soudain en moi, des réprimandes fraternelles de Stevan à l'intrusion de cette compagne inutile en passant par la pensée du retour de Hakim. Je sentis l'énergie crépiter le long de ma colonne vertébrale, impatiente de se déchaîner enfin. Un truand content de lui et sa horde de chiens galeux feraient très bien l'affaire.

« Tu as oublié de dire s'il te plaît », intervins-je.

Le bavard regarda dans ma direction. « Ah, les gars », dit-il. « Souriez ! On dirait qu'il y en aura pour tout le monde. »

« C'est gentil à vous de vous joindre à nous, madame », dit Aviet.

« Ouais, on était sur le point de s'verser une petite gratification de jour de fête », dit l'un des truands qu'on remarquait à son optimisation de cuivre. Son partenaire, aussi grand qu'il l'était, rajusta sa casquette de laine au-dessus de sa prothèse oculaire remplie de fluide et renifla d'un air méprisant. « Votre grâce. »

Mon arrivée les avait distraits : ils s'étaient relâchés et une petite ouverture s'était formée dans leur cercle.

C'était plus que suffisant.

La vitesse et l'esprit de décision avaient toujours été mes meilleurs alliés et je fonçai vers l'ouverture, avec un grand mouvement de balayage en direction du truand dégingandé. Ma jambe-lame trancha le tweed sale, mais en dépit du sang qui teinta aussitôt le tissu, c'est l'arc bleu de l'énergie Hex-cristalline qui lui fit perdre conscience.

Le petit gros et celui avec l'accent du puisard se concentrèrent sur Aviet, tandis que les deux grands s'approchaient de moi. Un sourire dur marqua mon visage : après tant d'inaction, c'était exactement ce dont j'avais besoin.

Mes deux partenaires de danse n'avaient pas l'air de bonne humeur. Tous deux avaient des épaules larges, aussi épaisses que la double cloche qui résonnait dans le Commercia du Sable de fer. Ils se demandaient encore visiblement qui allait attaquer en premier, et leur indécision m'offrit l'avantage. Je n'avais qu'à les abattre tous deux en même temps.

Je fis un pas vers celui qui arborait la prothèse oculaire, cependant que ma jambe arrière ratissait les tubes de son camarade couvert de cuivre. Il avait mal évalué mon allonge et il lutta frénétiquement pour reconnecter les tuyaux que je venais de trancher à une pompe chimique crachotante. Un balayage bas neutralisa la jambe de son partenaire sous le genou. J'attendis que le cuivré tente de nouveau sa chance avec son bras en état de marche. Ces types-là croyaient toujours pouvoir contrer la seconde frappe.

Ils avaient toujours tort.

« Maintenant, récupère tes petits morceaux et hors de ma vue », lui dis-je. Son frère boitillait déjà en direction de la pénombre, sa jambe inutile traînant derrière lui comme une ancre dans la boue.

Le métal du fouet d'Aviet résonna dans l'allée. Il y eut un autre claquement de câble tendu et des étincelles plurent sur le petit gros, qui se recroquevilla, le visage plaqué au sol, tandis que des larmes de douleur creusaient des sillons clairs sur ses joues crasseuses. Ça faisait quatre.

Je regardai autour de moi. Celui qui avait une face de rat et un ego surdimensionné manquait à l'appel. Je le retrouvai un peu plus loin, cherchant à s'esquiver par le Hall de l'assemblage.

Mon grappin s'enfonça profondément dans la pierre de touche, au-dessus de l'entrée du Hall. Je me laissai tomber sur lui, et enlacés nous roulâmes sur le sol.

Lorsque nous nous arrêtâmes enfin, je l'écrasais sous mon poids. Il haletait frénétiquement, crachant une haleine fétide.

« Tu pensais vraiment pouvoir fuir ? » demandai-je, à voix basse et calmement.

Il secoua la tête en un non terrifié, mais de sa main graisseuse il chercha un couteau à sa ceinture. Il plissa les yeux sous la lueur irradiante de mon Hex-cristal, si près de son visage. Il voulait désespérément me poignarder dans la cuisse, il était prêt à tout pour m'échapper.

« Vas-y », murmurai-je.

Ses yeux s'agrandirent de surprise, mais ma permission ironique ne le retint pas longtemps. La pointe de son couteau déchira le cuir noir mais n'alla pas plus loin, arrêtée par le métal de ma jambe. Son visage fut marqué par la stupéfaction quand il sentit sa main glisser sur le manche dans la violence de l'impact, pour finir sa course sur la lame et s'ouvrir sur son propre couteau.

Contrairement aux autres, il ne retint pas son cri, et l'écho en résonna entre les pierres des bâtiments.

Je levai les yeux, comme pour suivre ce hurlement qui se déployait. Le vitrail de la Dame en gris nous surplombait. Un petit visage, collé contre le verre, nous regardait.

Je me penchai en avant et je laissai la lame, à mon genou, caresser la veine pulsante à la gorge de l'homme.

« Reviens chasser ici et je mettrai fin à tes jours. »

Comprenant qu'on venait de l'épargner, ma proie s'éloigna de biais, comme un crabe, aussi vite que le lui permettait la terreur. Quand il y eut assez de distance entre nous, il se releva, tenant en l'air sa main ensanglantée et il courut vers le trou le plus proche pour y lécher ses plaies.

J'entendis Aviet enrouler le métal de son fouet.

« On prétend que vous n'avez pas de cœur sous tous ces rouages », dit-elle, sincèrement intriguée. « Peut-être les rumeurs ont-elles tort. »

« Surveille tes manières, ma fille », rétorquai-je froidement en sortant de l'allée. « Ou je serai forcée de les surveiller pour toi. »

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Les Marchés limitrophes et le Hall de l'assemblage étaient toujours plongés dans l'ombre du progrès qui les dominait de toute part. Mais il faisait réellement nuit quand nous atteignîmes la pension de famille proche du clan Arvino. Après avoir été poliment encouragé, l'aubergiste nous remit un registre d'inscription dont l'écriture manuscrite laissait beaucoup à désirer. Naderi était soit au sous-sol, soit au troisième étage. Je laissai Aviet inspecter la cave tandis que mon grappin me donnait accès à une fenêtre ouverte au troisième.

Dans la petite forge, au fond de la pièce, des braises rougeoyaient encore sous la cendre. Je me faufilai à l'intérieur de la chambre. Elle n'était éclairée que par une simple lampe sur un petit bureau. Mais c'est la vue de l'homme endormi au bureau, boucles brunes et peau tannée par le désert, qui me coupa le souffle. La vibration de mon Hex-cristal bégaya. Peut-être qu'il avait su ralentir le vieillissement pour lui aussi.

« Hakim », appelai-je tout doucement. La silhouette bougea, comme s'éveillant du sommeil. Elle s'étira avec la souplesse d'un chat et se tourna vers moi. La surprise fut telle qu'elle chassa des yeux du jeune homme les derniers lambeaux d'assoupissement. Il ressemblait tellement à Hakim que c'en était douloureux.

Mais ce n'était pas lui.

« Mademoiselle Ferros ? » Il était maintenant totalement éveillé. « Que faites-vous ici ? »

« Nous nous connaissons ? » demandai-je.

« Pas exactement, madame », dit-il, presque embarrassé. « Mais j'ai souvent vu votre visage. »

Il chercha sur son bureau et prit un papier qui semblait un peu plus ancien et terni que les autres. Il me le tendit.

Les lignes en étaient propres et ordonnées, l'encrage précis. Ce n'était pas un diagramme, mais c'était de la main de Hakim. C'était un dessin de mon visage. Je ne me souvenais pas avoir posé pour lui. Hakim devait l'avoir fait de mémoire. Mes cheveux étaient relâchés sur ce portrait. Je souriais. J'étais une femme amoureuse.

La morsure fut si pénible que je ne pus retenir un geignement. Je ne dis rien au jeune homme qui se tenait devant moi. J'en étais incapable.

« Il pourrait dater d'hier, madame », dit-il pour combler le silence.

Il voulait me faire un compliment, mais il ne faisait que souligner le temps infini qui s'était écoulé.

« Mon oncle portait ça avec lui quand il est mort. »

« Ton oncle est mort ? »

« Oui, Hakim Naderi. Vous vous souvenez de lui ? »

« Oui. » Une question égoïste me brûlait la langue depuis trop longtemps. Une question dont je n'étais pas sûre de vouloir connaître la réponse. Mais le souvenir me torturait continuellement d'une infinité de petites coupures, peut-être valait-il mieux en finir une bonne fois pour toutes. Je regardai le jeune homme qui ressemblait tant à Hakim. « Dis-moi, ton oncle s'est-il jamais marié ? »

« Non, madame », dit-il, ne sachant trop s'il allait me décevoir ou non. « Oncle Hakim disait qu'aimer son travail suffisait à remplir sa vie. »

J'avais tant pleuré naguère qu'il ne me restait plus de larmes et mes yeux restèrent secs. Je pris la liasse de papiers et je mis le dessin de mon visage en haut de la pile. Les traits d'encre furent rehaussés par la lumière bleue de la machine qui remplaçait mon cœur. Ce portrait, c'était ce que j'avais été. C'était ce que j'avais abandonné. C'était la somme des cruels sacrifices qui avaient fait de moi ce que j'étais aujourd'hui. Tout était reproduit avec un luxe de détails douloureux. Je pouvais me souvenir du passé, mais il était perdu à jamais.

« Il n'y a rien d'autre ? Tous tes documents sont là ? » Mes mots n'étaient qu'un murmure dur.

« Oui, madame, mais... » Sa voix se perdit dans un sursaut d'horreur incrédule en me voyant jeter les papiers sur les braises et souffler dessus. Les parchemins s'embrasèrent et brûlèrent dans des irradiations rouge-orange. J'observai le passé se transformer et se noircir jusqu'à ce qu'il ne reste plus de lui qu'un petit tas de cendres. Ce fut le jeune homme qui me ramena au présent.

Le neveu de Hakim secoua lentement la tête, plongé dans l'incrédulité, et je compris à quel point il pouvait être insoutenable de perdre autant en si peu de temps. Il était anesthésié. Je l'escortai dans les escaliers jusqu'à la rue. Il rajusta la sacoche de cuir sur son épaule en regardant les pavés sous ses pieds.

Il releva enfin les yeux vers moi, son abattement remplacé par la peur. Perdu dans mon propre passé, je n'avais pas fait attention aux ombres dans la rue. J'entendis à peine le claquement du câble métallique. Avant d'avoir pu réagir, mes bras étaient collés contre mon corps par le fouet.

« Inutile d'aller plus loin, madame », dit Aviet. Sa voix était incroyable de suffisance. Elle observait le neveu de Hakim.

« C'est pour cela que mon frère t'a payée ? » Je le soupçonnais depuis le début. Aviet avait cherché une occasion toute la soirée. Trouver le neveu de Hakim m'avait distraite, c'était l'opportunité qu'elle attendait.

« Oui », dit-elle. « Et pas seulement moi. »

Deux hommes de haute stature s'avancèrent dans notre direction, leurs optimisations réparées scintillant sous les lueurs de la ruelle. Le petit gros et la face de rat les suivaient. Les hommes de l'allée, derrière le Hall de l'assemblage. Le petit gros agita un couteau devant le neveu de Hakim tandis que son acolyte souriait et attachait puis bâillonnait le jeune apprenti.

Le géant dont les tubes chimiques avaient été rafistolés fit un pas en avant. Ses doigts tremblaient, il avait hâte de se venger de ce que je lui avais infligé un peu plus tôt.

« Fais attention aux cristaux, Emef », dit Aviet. Le fouet se resserra encore et je sentis des menottes se fermer autour de mes poignets. Aviet alla se placer à côté du neveu de Hakim. « Nous devons les ramener avec Naderi, ou personne ne sera payé. »

Tout ceci n'était-il que le fruit de la jalousie de mon frère ? Je savais que Stevan sentait la vieillesse le submerger cependant que moi, à ses côtés, j'étais presque immortelle. Mais il ne comprenait pas le prix que j'avais dû payer pour accomplir mon devoir envers la famille. Ne comprenait-il pas que pour lui aussi, cela aurait un coût ?

« Et le reste ? » demanda l'homme cuivré, me souriant comme si commençaient les festivités de la Fête du progrès.

« C'est tout à toi », répliqua Aviet.

« C'est bien aimable à vous, votre grâce, d'avoir fait plus tôt la démonstration de vos talents », dit-il en fermant son poing optimisé. Il se montrait visiblement plein d'assurance pour frapper des adversaires attachés. Son sourire s'agrandit. « De cette manière, tout devrait se finir très vite. »

Les phalanges de métal entrèrent en contact avec ma mâchoire. Il espérait me voir me raidir, mais je laissai le coup me jeter un genou à terre. La force d'inertie contraignit son bras lourdement mécanisé à chuter avec moi. Je sentis sur mes lèvres mon propre sang, mais, un court moment, ce fut lui le plus déséquilibré de nous deux. Le reste de la bande cessa de jacasser.

« Je n'ai pas encore dit mon dernier mot », dis-je en me relevant.

L'énergie de mes cristaux courait dans tout mon corps, la puissance montant comme un raz-de-marée. Le frère du géant tenta de s'interposer et abattit son propre poing optimisé sur le clignotement de mon Hex-cristal. Le bouclier d'énergie feula, mais résista. Ce fut à mon tour de sourire.

Aviet s'empara de la poignée de son fouet dans l'espoir de m'arracher au champ d'énergie. Elle tira vigoureusement pour me déséquilibrer. Elle ignorait combien de temps j'avais vécu sur le tranchant de deux lames.

Mes mains toujours liées, je sautai en avant en tournoyant, tranchant la gorge du second géant avant d'empaler le premier. Le fouet fut arraché à la main d'Aviet. Elle interpella les deux truands qui tenaient toujours le neveu de Hakim.

« Si vous abandonnez la mission, je vous tuerai tous les deux. »

« Tu penses toujours que j'ai un cœur, à présent ? » lui demandai-je, ses deux molosses morts à mes pieds.

Aviet avait perdu de son assurance, mais elle ne faisait pas mine de fuir.

« Je suis l'épée et le bouclier du clan Ferros », lui dis-je, énonçant chaque mot d'un timbre glacial. « Mon frère cherche à m'éliminer pour offrir quelques heures égoïstes de plus à sa misérable existence. C'est une trahison de ses devoirs et de notre maison. »

Je sentis les cristaux pulser plus vite.

« Et tu ne vivras pas assez longtemps pour voir se lever un autre matin. »

Je canalisai l'énergie cristalline pendant un moment, la laissant monter en intensité jusqu'à ce que le bouclier qui m'avait entourée pendant un temps devienne une prison électrifiée. Il n'y aurait pas d'échappatoire.

Je sautai en l'air, plus haut qu'auparavant, et je retombai durement au sol, faisant éclater le métal qui liait mes mains sur les pavés. La force de l'impact renversa Aviet, ses deux malabars et le neveu de Naderi. La rue était devenue un cratère et de la poussière demeurait en suspension dans l'air. Aviet avait recherché le combat contre moi depuis que nous nous étions rencontrées, pour démontrer sa valeur à mon frère, mais les choses ne se passaient pas comme prévu. Les talons de ses bottes de cuir éraflaient la pierre des rues, son corps annonçant sa retraite avant même que son esprit n'en ait fait le choix conscient. Je lisais sa peur dans sa silhouette qui me faisait face. Quoi que mon frère lui ait dit sur moi, elle m'avait gravement sous-estimée. Aviet vit que si j'avais pu plus tôt témoigner d'une certaine pitié, toute trace en avait disparu devant la trahison de mon frère.

Je fis un pas en avant et lançai ma jambe arrière en arc. Elle toucha la cible. Aviet fit un effort pour empêcher ce que contenait son estomac de dégringoler sur le sol, mais sans succès. Me débarrasser de ses deux molosses ne fut qu'une formalité et, de nouveau, l'allée derrière la pension de famille fut silencieuse. Je ramassai le fouet trempé de sang d'Aviet sur le sol.

Paniqué, le neveu de Hakim Naderi avait reculé jusqu'au mur. Le souffle du jeune homme était étouffé par le linge sale qui le bâillonnait. Je m'approchai de lui comme d'un animal qu'on ne veut pas effrayer. Je déliai ses poignets. Je lui tendis la main et je sentis ses doigts trembler au contact des miens. Il se relâcha dès qu'il fut sur pieds.

Il avait vu le violent visage de ma mission, celui que je n'aurais jamais pu montrer à Hakim, et tout avait été ma faute. La femme au cœur tendre que j'avais été naguère avait été réduite en cendres et il ne restait plus que des ténèbres glaciales.

« Les auditions... » dit-il, son menton tremblant d'une terreur nouvelle. La réalité de la soirée pesait de plus en plus sur lui au fur et à mesure qu'il réalisait que tout cela n'était pas un rêve. « Que vais-je pouvoir montrer aux artisans, demain ? »

« Tu as étudié avec ton oncle ? »

« Oui. Il m'a tout appris, mais les schémas... »

Le neveu de Hakim savait n'avoir que deux options, venir travailler pour moi ou abandonner le travail de toute une vie. Mon poste de défenseur ne me permettrait pas de laisser ses connaissances tomber dans l'escarcelle d'une autre maison. Dans ses yeux effrayés, je vis disparaître sa vision innocente du monde. J'avais tué pour le sauver, j'étais un protecteur terrible. Dans cette seconde d'illumination cruelle, j'étais devenue sa Dame en gris, une ombre d'acier que l'on craint et que l'on vénère.

« Tes futurs projets seront meilleurs », dis-je.


Incapable de traduire en mots ses pensées, le jeune homme approuva de la tête et tituba dans la nuit. Je priai pour que sa résolution se reforge avant l'aube. Sinon, il n'aurait nul endroit où se cacher de moi.

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Je regardai dehors depuis le balcon du bureau de mon frère. Une brise fraîche agitait les étendards qui pendaient aux corniches de la maison. Toute la ville s'étendait devant moi.

Les portes de l'étude s'ouvrirent et, un court moment, j'entendis dans les couloirs le personnel préparer l'afflux d'apprentis prévu le lendemain. Dans ce brouhaha de voix et de pas précipités, je reconnus l'éternité immuable d'événements si similaires que je n'étais plus capable de les distinguer. Sauf deux : celui où un jeune homme venu des sables s'empara de mon cœur. Et celui où je lui demandai de l'ôter de ma poitrine.

Combien de fois Hakim s'était-il tenu ici, avec moi sur ce balcon, entre ces deux événements ? La brise qui agitait aujourd'hui les fanions de ma demeure était autrefois venue y soulever doucement ses mèches de cheveux. « Que de promesses », disait-il alors, tandis que ses yeux suivaient les lumières des tours de la ville, les lueurs de Zaun teintant les bâtiments de Piltover par en dessous, « quelle délicate machine, tous ces rouages travaillant de concert. »

Je lui répétais ce que disait mon père, que c'était une promesse de progrès, la vraie promesse de Piltover. C'était ce qui faisait aller notre ville de l'avant, mais, avertissais-je, il suffisait d'un rouage grippé pour que tout soit menacé. Il suffisait qu'un seul rouage refuse de jouer son rôle pour que toute la machine soit détruite.

Le fauteuil de Stevan grinça derrière moi. J'aurais donné n'importe quoi pour passer une nouvelle fois mes doigts dans les boucles de Hakim et je faillis plonger la main dans ma poche pour caresser les perles du chapelet de verre. Au lieu de quoi, je resserrai le fouet d'Aviet enroulé autour de mon poing. Hakim désirait tellement m'arracher à ce monde de ténèbres, mais il avait réalisé trop tard que mon travail, mon devoir étaient aussi inséparables de moi que mon ombre.

« Camille ? »

Je ne répondis pas, incapable de détourner les yeux du panorama, si fragilement connecté à mes souvenirs. Le mécanisme cliqueta et les roues du fauteuil de Stevan le conduisirent jusque derrière moi.

« Tu es revenue », me dit-il. « Aviet ? »

Je jetai le fouet de la jeune femme sur le plaid qui enserrait ses jambes.

« Je vois. »

« Elle a rempli son office », dis-je.

« À savoir ? » Mon frère avait été cloué pendant des années dans ce siège, mais il avait toujours l'habileté fuyante d'une anguille. Il passa la main sur le fouet.

« Me rappeler le mien », dis-je.

« Ton office ? » La nervosité initiale de Stevan vira à l'agitation. Il savait qu'il allait mourir ce soir. Il avait été pris en flagrant délit et il ne pouvait s'échapper, surtout face à moi. Sa seule consolation fut d'essayer de me blesser aussi durement que possible avant d'expirer. Limité par sa fragilité, il n'avait pour arme que les mots.

« Tu n'as de devoir qu'envers moi. Comme auparavant envers notre père. »

Le devoir. Mon père. Les mots justes peuvent trancher plus profondément qu'un couteau.

« Tu es ici pour me servir », grogna-t-il.

« Non, c'est notre maison que j'ai juré de servir. » Le serment que j'avais fait était encore gravé dans mon esprit ; le serment de tous les défenseurs. Je pouvais le répéter sans efforts ni remords. « Je serai loyale et fidèle à cette maison et je ferai passer ses intérêts avant les miens. À cette mission, je consacre mon esprit, mon corps et mon cœur. »

C'étaient les mots exacts que j'avais récités à Hakim la nuit où tout avait cessé entre nous. Je ne pouvais pas être sienne, parce que je m'étais déjà promise à autre chose.

« Ce devoir du défenseur aurait dû être le mien. » La voix de Stevan me ramena au présent. Il crispa ses mains sur ses accoudoirs jusqu'à en blanchir les jointures. « Tu avais fait un serment à notre père, et que s'est-il passé ? Il est mort parce que tu n'as pas été assez forte. Après quoi, tu as presque déserté cette maison. Et pour quoi ? De l'amour ? Un peu d'attention ? Où était ton sens du devoir à l'époque ? »

Il cracha les dernières syllabes dans ma direction. Ces veines d'araignée, ce fléau, j'avais laissé tout cela prospérer trop longtemps. Comment avais-je pu maltraiter ainsi la maison dont j'avais la responsabilité en ignorant cette folie ?

« J'ai renoncé à mon cœur pour notre famille. Pour toi, Stevan », dis-je. « J'ai donné tout ce que je possédais. Après tant d'années, peux-tu en dire autant ? »

Stevan crachota comme un boutefeu mouillé qui tente d'allumer un feu mais ne produit plus d'étincelles.

« Père t'a offert cette position, mais c'est moi qui ai passé ma vie entière à lui prouver que je la méritais », dit-il. Le dégoût pesait dans tous ses mots. La colère de mon frère s'amplifia, empoisonnant l'atmosphère. « Tu crois peut-être que je t'ai trahie, mais tu en es la seule responsable, ma sœur. Si tu avais été capable de prendre les bonnes décisions, je n'aurais pas eu besoin de prendre les devants. »

C'est moi qui l'avais laissé devenir ce monstre. J'avais toléré ses complots tordus et ses motivations abjectes parce que je ne parvenais pas à imaginer un avenir sans lui, un avenir dans lequel nul ne se souvenait de la femme que j'étais. Si j'avais été plus résolue, j'aurais pu y mettre fin des années plus tôt. Je m'étais amputée de morceaux de moi-même, mais j'avais renâclé à tailler le morceau dont je savais qu'il ternissait notre maison.

« Cette nuit-là, je me serais enfuie avec Hakim si tu n'avais pas fait l'effort de me rappeler mon devoir », dis-je.

Il était venu jusqu'à moi, sanglant et contusionné, m'avait forcée à affronter la réalité, à voir ce qu'il se passerait si j'abandonnais ma charge. Même en découvrant la vérité, des années plus tard, en apprenant qu'il avait organisé cette attaque factice, je n'avais éprouvé que du soulagement. Au bord de prendre une décision émotionnelle, j'avais reçu de mon frère la gifle qui m'avait permis de choisir l'honneur et non le sentiment. Je savais que, sans lui, je ne serais pas devenue qui je devais être. C'était ce cruel encouragement qui m'avait permis d'enfiler le manteau que je portais maintenant.

J'avançai vers lui et je mis ma main sur son épaule. Je sentis ses os âgés sous la richesse de la soie et la peau parcheminée. Les vibrations accélérèrent dans ma poitrine. Stevan leva le regard vers moi, le bleu de ses yeux durs comme des éclats de verre, tandis que l'énergie autour de mes optimisations grandissait.

« Tu as toujours été ma responsabilité, mon frère. » Le froid de l'atmosphère n'avait rien à envier à celui de mon timbre. « Stevan, je refuse de te trahir une fois de plus. »

Je pouvais sentir l'électricité dans mes cheveux, à la base de ma nuque. Je laissai ma main glisser de son épaule jusqu'à son visage. La boucle de cheveux enfantine qui tombait sur sa tempe avait disparu des années plus tôt. L'étincelle, au bout de mes doigts, enveloppa Stevan.

Il n'en fallut pas beaucoup pour neutraliser le muscle atrophié qui, dans sa poitrine, avait conduit mon frère dans tant d'endroits obscurs. Ses yeux se fermèrent et son menton bascula dans ma main.

La vibration des cristaux dans ma poitrine ralentit pour reprendre un rythme régulier. Je me retournai pour faire face à la ville. Le froid de la nuit finirait par être absorbé par ses os de métal, mais, dès le lendemain, la vie reprendrait le dessus. Le progrès.

Une machine si délicate.

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